Safran


« Sages papilles du sable émincées en secret. »

Saupoudré d'une secousse de vieux frissons, il grelote et sème dans le brouillard,

Mon âme ainsi que

le désespoir qui nous hante.

Sale et humain.


« Être ou ne pas être, nous le sommes. Par ces mots. »


Les fils de pluie gèlent pareils à de la neige sur mes joues.

Les paillettes refletent et valsent avec délicatesse sur les côtés.


« Sur mes lèvres et au fond de sa poche de manteau. Le mal de mer, profond et silencieux, refait surface. »


Je brille, dégouline, des perles d'eau chaude. Et il s'y perd, un peu plus, dans l'incompréhension moderne.

Trois pas et le néant est là.

Caché sous tes draps,

dans nos bras et

dans ses yeux quand il me fixe d'un regard maladroit.


« Étroites remparts d’un coeur. Il s'entremêle à tes cils,

dans l'ombre de vos pas. »


Un goût du bonheur pimenté d’amertume,

Il m'est venu à l'idée ; instantanément, comme quand on arrache le reste de pétales à une fleur fanée.

Il est resté ; inconsciemment, comme le regret d'avoir enlevé toutes les corolles à un champ de coquelicots déboussolés.


« Hélas, il est douloureux, passager, comme mille saisons,

trésor et ornement d’entrailles. »


Il est safran et basilic, épicé par les poudres d'étoiles et le Zéphyr de mes rêves.

Il est l'acide d'un citron et les remontées de salive dans ta gorge.


« Une claque, un crachat, on s'observe. Il n'est rien.

Un délice de regret. »


Et l'oxymore d'une nuit tourmentée, la métaphore des matins chagrinés.

Amer, le mouvement. Le bruit de langue que tu émets quand tes dents se détestent.

Il nous brise en deux comme tes os sur le plancher, nous fait fondre sous la chaleur de l’été assiégé.

Dérobé par son anéantissement, après la nouvelle ère et entre chaque poussiéreux rochers, il a sombré. Encore une fois.


« Pourtant toujours endormi, il fredonne au creux de votre sommeil, chaque mot qu'on aurait pu lui prononcer assez fort aux oreilles. »


C'est triste,

il aura vécu sagement,

songeant aux démons innocents en dehors de son corps.


Il est l'air et le vent,

le sable et la mer mélangés en même temps.

Il est safran, pourpré du jour qui se lève.


© Aglaée Collin

© Dessin Léa Michaëlis

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