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France & États-unis

La Chronique de Léa (1)

Mis à jour : 24 mars 2019

" L'amour est masochiste "


  Je crois qu’il faut laisser le premier jet venir, les premiers mots (maux) s’échapper pour que l’idée sorte réellement. Je ne sais pas ce que je suis en train de dire, de livrer ou d’écrire mais je pense foncièrement que cela provient du plus profond de mon être.  En avant pour ma première fois : ma première chronique. Sans aucune prétention, j’essayerai d’aborder chaque semaine un fait de société, un mouvement ou une émotion qui me travaille, qui m’interroge.



  Aujourd’hui, je vais tenter de vous parler brièvement d’amour. Je dis « brièvement » car tant de psychologues, sexologues, écrivains et philosophes ont tenté de mettre des termes sur ce sentiment qui nous blesse avant même d’être un réel phénomène de reconnaissance.

  Je sais que j’en parle car ça ne va pas. En fait, dès lors que l’on est humain cela ne va pas. Je ne sais pas comment aimer. En réalité, je ne sais pas comment bien aimer. J’ai l’impression, avec beaucoup d’amertume, que l’amour n’est rien d’autre qu’une course où je perds constamment car je ne suis pas sportive. Ou encore, des sables mouvants, où impuissante, je me laisse emporter.


" Le réel enjeu, c’est la gestion de la souffrance. "


Comment réussir à aimer sans être constamment dépassé par le mal ? Est-ce que « bien aimer » signifie « bien souffrir » ?

Souffrir, est-ce avoir la tête constamment réveillée quand le cœur est déjà mort ? Souffrir, est-ce que c’est la non-reconnaissance, quand on ne vous regarde plus, droit dans les yeux, vous et votre malheur ? Alors, avouer la souffrance, la crier au monde : cela serait terrible.


" L’amour est masochiste. Il n’y a pas d’amour plat. Le réel amour plat c’est de la faiblesse, de la lâcheté. "


  L’amour réciproque, le plus pur, c’est de la souffrance. Pour moi, s’il n’y a pas de souffrance, en quelque sorte : il n’y a pas d’amour. En réalité ce qui est pur et infini dans l’amour , c’est sûrement la souffrance.

  Dès lors qu’il n’y a plus de souffrance, c’est que l’on n’aime plus. Étant donné que la pureté ne peut être stable, constante et linéaire, je suis obligée de me demander si j’aime constamment avec la même intensité ?

Je suis

personnellement et constamment soucieuse de m’interroger quand je ne souffre pas, qu’est-ce qui fait qu’en surface tout semble aller bien ? Quand est-ce que tout va à nouveau basculer ? Si je ne souffre pas, je me questionne. Et vu que je me questionne trop, je souffre. C’est bien pour cela que les désespérés veulent en finir, quand on ne pense plus, quand on n’aime plus : on rompt la souffrance.

  Lorsque notre moitié porte un mal intérieur, si nous l’aimons d'une manière pure, nous sommes obligés de ressentir son trouble, sa passion. Ainsi, quand notre double souffre de douleurs physiques, pourquoi avons-nous l’impression d’être aussi foudroyé ? C’est troublant de porter le mal, le fardeau à deux.


  Je pense, qu'inconsciemment, je m’imaginais que si nous étions deux à ressentir la douleur, l'autre serait apaisé.

On veut toujours ménager l’autre, lui éviter la souffrance, sans pourtant accepter pleinement de la porter à sa place.

  Et même dans un couple qui pense s’appartenir, bien après la phase de séduction : il y aura toujours un temps où l’un court après l’aimé et où soudainement les rôles s’inversent. Il n’y aura jamais réellement d’aimé et d’aimant à proprement dit, rangé dans sa case. En réalité, la situation d’évolution du couple fait que ces rôles sont en perpétuel changement.


  Quand ce n’est plus l’autre qui court, c’est moi qui prends le relais pour courir après lui. Quand je tourne la tête, que je me repose ou me désintéresse ne serait-ce qu’un court instant, une seconde, le voilà que je le sens qui cherche à me rattraper, à me dépasser par/de son amour. Si l’amour est entretenu et vivant, il en est que le couple est face à une réelle course, face à la vivacité.


  Par ailleurs, il est fatal que celui qui court souffre à

force de s’essouffler. Il ressent le mal, la frustration qui prend son cœur. Ainsi, étant donné que chaque conjoint court, l’un après l’autre et s’essouffle à son tour (comme par une sorte de mécanisme de roulement) - il en demeure l’inévitable conclusion que s’il y a amour : il y a souffrance pour les deux êtres entiers.


Alors si à 19 ans, après 4 ans de relation, j’ai tenté de comprendre et mettre des mots sur ce phénomène troublant du « fuis moi je te suis » en perpétuel roulement entre partenaires, je dois désormais trouver une solution pour que nécessairement, cette souffrance que j’aimerais accepter, soit plus douce afin de pouvoir aimer pleinement.


© Léa Michaëlis (texte et dessin)

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