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France & États-unis

Fractures à haute voix,

Il y a ce moment sombre, flou, intime, où on se croise à claire de lune. Il y a ce dedans et dehors inhabitables, cette solitude qui nous jette par la fenêtre ouverte sur le drame, et finit par nous écraser à distance. Il y a cette forte envie de mordre l’avenir jusqu’à ce qu’elle saigne du nez... Une pièce déserte qui nous avale, s’étrangle, menaçant le poids du vide. Les murs cherchent une oreille en chacun de nos blocs de cris, une porte de sortie dans nos paroles verrouillées par des mots-clés, un poing levé dans nos délires.


Un feu marche jusqu’à la blessure des larmes scellées à la semelle de nos paupières. Dans ton clin d’œil, je frotte cette lumière tâchée ; pour tenir propre l’aube naissant. Au loin, là où les sourires ont les cheveux au vent, le paysage vert pose sa langue vulgairement sur ton visage, et la beauté devient plus bavarde que des branches. Ce matin, quelques gestes modèlent l’empreinte fragile de notre sérénité, on ne voit plus la vie en Rose quand on a ses épines dans les yeux.

Did you know that ?

Une lettre enveloppe l’absence des mots, s’allonge sur l’étendue de notre être en papier. Être présent, dis-tu, c’est s’éloigner à petits pas de la fêlure du temps. Tôt ou tard les années qui nous voyagent s’arrêteront en laissant notre espérance de vie au bord de la route, comme unique preuve du trop vécu. Je me bats à rester vivant même pendant la mort, c’est la vie.


Je commence par renouer la faille sous nos pas, croiser nos doigts dans un séisme. L’air neuf nous frémit l’apparence qu’on ne sauve plus, tressaille nos certitudes qui se laissent approcher par une catastrophe. C’est beau !


S’il faut qu’on meurt, vivons une dernière fois comme l’atterrissage forcé d’un coup de foudre. S’il faut aimer, arrachons ce cœur qu’a rassemblé nos mains ; cette résonance de pouls qui veille inlassablement sur l’abîme. Je vais t’aimer, chier en toi sans essuyer mes ténèbres et éclaircis. Je vais pousser en toi, moi, fleur qui ajoute à la pierre un pétale de sang.


Viens, glisse sur ma peau de ciel jaune et tombe sur mes nuages qui graphitent des éclairs... Viens, ouvre cette image qui retient l’émotion, fais pleurer la foudre sur tout le monde.


© Ar Guens Jean Mary

Photographie Manon Genet


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Né à Port-au-Prince, Ar Guens Jean Mary est poète, slameur, animateur d'ateliers d’écriture et contributeur de plusieurs revues et magazines littéraires tels que DO-KRE-I-ES (Haïti), Coquelicot (revue franco-américaine), Revue Lichen et Pro/prose Magazine (France).

"La poésie c’est de l’énergie congelée. Toute mon énergie est là, soigneusement étalée sur chaque page. Cette dernière constitue une vie, une peur, un désespoir, un coup de feu, des pertes humaines, des doutes, des amours et surtout un rêve qui marche seul au beau milieu du chaos épineux."

À LA POÉSIE BLESSÉE PAR BALLES, recueil poétique publié en Juin 2019 chez les Editions du Pont de l'Europe, représente la clef pour entrer dans l'univers de l'auteur.

https://editionsdupontdeleurope.eproshopping.fr/898478-a-la-poesie-blessee-par-balles.html

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