Appelez-moi Humain,

Mis à jour : 9 févr. 2019

j'essaie de l'être,


Ne soyez pas dupe !


Vous qui croyez posséder la montagne interdite aux regards marchepieds, les ailes du non-dire qui scindent l’apesanteur des âmes, le langage codé des hautes sphères poétiques, les chaudrons en vapeurs bienveillantes des vers, les bistouris des expressions changeant les figures de style, les langues-tempêtes des passagers du vent, la machine à coudre des images théâtrales pour cacher une mise en scène, le tutoiement sur la nuque des femmes (infâmes éloquences), les souffles qui ont gagné leur liberté au prix de multiples viols...


Ne soyez pas dupe !


Vous qui s’adonnez au papier nuit et jour en laissant traîner la lune et le soleil près d’un sac-poubelle―déchet d’émotions à ramasser immédiat. Vous qui pensez faire marcher les pays en chaise-roulantes depuis un livre ouvert / fermé comme une fenêtre. Vous qui poussez des éclats de voix pour fissurer la vitre des dialogues télévisés. Vous qui avez jadis demandé l’asile dans l’œil des canons, meurtri, et, qui revenez avec le corps des continents dans un chargeur vide.

Vous qui étanchez votre soif dans la calebasse des vocables sans puiser à la source en écrivant des litres. Vous ― toux sèche des épis de poussières qui forment des dunes dans le monde-désert. Vous qui jouez le messager des plumes à tire-d’aile. Vous qui étouffez le calme dans les bruits qui hurlent à hauteur d’Homme. Vous coup de pelle. Vous nuit-compresse sur front des ombres évanouies. Vous qui passez en revue le décor de la diaspora et son intelligentsia. Vous qui prétextez des vies insignifiantes à bord du cargo constitutionnel.

Vous qui effacez la vraisemblance dans un journal politique. Vous qui brisez les silences dans un bocal au premier coup de poing d’un discours de sacré poigne. Vous qui finissez vos lots promesses en queues de poisson dans l’aquarium des urnes.


Sachez, qu’il y a plus que de la poésie dans le cœur des Humains, il y a le désespoir actif. Sur les routes qui nous voyagent même l’espérance est une forme de désespérance. Cette manière ardente. Ce trou noir qui aspire nul autre que la fragilité du bonheur donnant tout son sens à la beauté depuis les limites (in)visibles et à ce qui rate le train de la plénitude des êtres. Entre la poésie et l’Humanité, je choisis l’Humanité underground. Un acte solennel pour toucher la lumière dans mon serment du jeu de paume.


Il suffit de prendre son temps d’observer (comme Rainer Maria Rilke) la vie courante, à bout de souffle derrière ce qui va trop loin pour ses propres désirs, et vous verrez une petite fille pleurer son ballon noyé dans un ciel liquide, un concierge qui danse sa faillite pendant son poste de travail, une femme de ménage qui nettoie sa misère, un professeur d’algèbre qui saoule ses élèves avec des suites de phrases et des exercices qui sortent de sa bouche où les x et y se bousculent, une mère qui allaite l’avenir de son enfant enterré dans une fissure de mamelles, un jeune qui rate ses études pour tirer sa véritable passion au claire, un cancéreux en phase terminale qui croque la vie à pleines dents comme une pomme bien mûre à crever, un écrivain qui renifle ses doigts en décompositions ― charogne littéraire ― ces derniers lui procurent la Notoriété monnayée ou pas. Un SDF qui habite un sourire même quand il meurt de faim, le point de vue d’un gosse menotté dans une salle de classe, un flic véreux qui incite sa fille à être honnête, un grand frère qui braque la pharmacie du coin pour soigner sa mère malade, une pute qui tombe amoureuse d’une queue en parlant du loup...


Tant de choses à voir dans la fente quotidienne. Tant de désespoir activement en haute tension sur nos fils d’idées prêt-à-porter dans le musée des entrailles, et à l’ouverture même de nos bas-fonds urbains. Mais évidemment, ces genres de pixels sont prohibés pour ce siècle qui efface la nature de teint morte sur Photoshop. Terrible époque. Toujours en retard comme un sapeur-pompier quand les cœurs en feux cherchent un extincteur.


(photographies Lilith Charlet)


Ne soyez pas dupe,


Vous qui dites être le meilleur ami de notre règne animal, sachez que l’instinct est tout ce qui reste au chien déshumanisé.


De vos sombres jours, la qualité se base sur ce que la vue apporte à la rétine comme clarté au premier coup de soleil. On analyse le moine à travers son kung-fu non à travers sa méditation. Autrement dit, soit tu boxes soit tu es K.O.


Bref !!


Certains diront aussi, dans un nihilisme profond, que cela ne sert à rien. Même mes propres dires en basket qui chaussent l’humaine condition ; ― trop DADA pour ce siècle « dodo petit ». Drogue sociétale. Ils diront que, ce qu’on cherche, une fois trouvée, s’effondre comme un édifice et n’en vaut pas la peine de se perdre à sa poursuite. Se quitter. Ou même d’emprunter la voie rocheuse. Ils sacrent : mieux vaut être Poète ― exaltation suprême aux Glorieux des amasses d’Etoiles qui éclairent je ne sais quoi je ne sais qui déjà (pauvres types !), que d’être Humain.


Nous sommes tous fait de vices, c’est cela même qui nous fait astucieusement bricoler l’étagère existentielle, non la poésie. Je considère cette dernière comme un dernier recours pour braver sa chute, embrasser le mur des énigmes du Sphinx, une dernière carte à jouer, essuyer ses bavures de larves par terre, et se protéger contre le love bombing d’un faux piédestal. Souffrir dans la vie, c’est vivre dans un poème. Cela nous donne plus de goût culinaire en tant que plat de Résistance. D’où l’intérêt de paraphraser la parole de Victor Hugo qui nous dit que la souffrance est une loi Divine. Il a su que le poète devrait être, avant toute poésie, Humain-désespéré. Non une machine superficielle qui se croit SKYNET dans un univers-terminator.


Ne soyez pas dupe je vous le répète encore !


La poésie n’est pas à vous messieurs/mesdames, seule l’Humanité vous revient de droit comme une gifle.


Qui y a-t-il de plus Divin que de s’accrocher à ce qui va disparaître devant nos yeux, de continuer à croire en elle malgré que celle-ci semble perdue d’avance ? Qui y a-t-il de plus Angélique que de perdre la foi quand les royaumes des cieux se liquéfient en enfer comme au paradis ? Nous autres Humains, on vaut plus que cela. Qu’on nous juge selon le grand H muet placé devant nos actions humainement bavardes non selon ce que les yeux reflètent comme forme d’exigence du regard.


Sur ce, j’appuie, sur les dires de Blaise Pascal dans les Pensées qui vous crachent au visage (un acte d’amour): « La vraie morale se fout de la morale ».


Voilà messieurs/mesdames, l’ouverture d’esprit à la création Humain-à-poème.


Pour accoucher la pleine ceinture de nos étreintes, il faut commencer par une césarienne sans anesthésie de mots familiers. Il faut commencer par l’existence en/hors de nous. Recto-verso. Pile ou face. Non pas par la poésie. Il faut savoir prendre la vie dans ses bras plus longue qu’un poème-fleuve et la bercer jusqu’à ce qu’elle cesse de pleurer le saignement du toucher.


Docteurs, souffrir du désespoir actif est une maladie rare quand le porteur du gène reconnaît ses symptômes vitaux. Vous qui êtes pharmaciens, laborantins... autres cadres d’une quelconque somptueuse littérature, sachez que la poésie est un lait immatériellement modifié. Seul le cœur Humain contient le véritable calcium pour les «...os sans mémoire...».


En somme, contrairement à certains de mes contemporains, j’essaie plus d’être Humain que poète. Le premier consiste à un long cheminement qui mène à l’Éternité, et, le second, un raccourci mortel pour rejoindre les Dieux.


© Ar Guens Jean Mary

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