Éventail de poésies confinées,

Mis à jour : nov. 13

Durant le confinement, @lecoquelicotrevue a décidé de lancer des challenges poétiques sur les réseaux sociaux. Le #createwithyourmind a eu du succès sur Instagram ; nous avons reçu des photographies, collages, dessins, poèmes en vers et en prose, des assemblages, des peintures et même un court métrage ! Brèche ouverte et vibrante, Le Coquelicot Revue vous présente ici un éventail de ces poésies confinées afin de remercier nos artistes contributeurs. Toutes les participations sont visibles et répertoriées sur les stories à la une du compte Instagram de la revue.


Le premier challenge lancé sur la toile numérique suit le fil rouge de la Vie de Fenêtre. Un clin d’œil à la veduta, mais aussi à la situation que nous avons tous vécue durant ce printemps 2020. Qu'elle soit une ouverture de l'intérieur vers l'extérieur ou inversement, la fenêtre est le symbole d'un ailleurs, d'une issue transitoire vers un espace nouveau. Nous avons donc convoqué la puissance évocatrice de la fenêtre afin de vous inviter dans un nouvel espace de partage et de création...

Vie de fenêtre

"Fenêtre d'écriture" par Mirélia Auzanneau & Margot van Haelst
Illustration à l'aquarelle et à l'encre de chine 
de Margot van Haelst @vanhaelstmargot

Cette fenêtre d’où j’écris me donne le vertige. Pour la première fois, seule ici. Seule avec la pierre et le vent qui me racontent un temps qui m‘est étranger. Postée là, dans l’encadrement massif de ces ruines, je capte les derniers rayons qui réchauffent le cœur et l’âme. En contrebas, une vallée muette, déserte et peuplée de nos espérances. Mes yeux lèchent le paysage de bosquets en pierriers jusqu’à l’horizon, baigné de lumière, dessin de huit strates de collines dégradées. Je m’imprègne de beauté.

Réceptive et patiente, j’écoute le silence. Un silence abyssal qui repose le cœur et éveille les sens. Mais déjà le vent anime les ronces et fait trembler le lierre. Un oiseau vient de me saluer gaiement, d’un saut rebondit au creux d’une meurtrière. Sitôt arrivé, sitôt repartit.

Tout ici est ode à la nature. Les feuilles vert tendre d’un figuier annoncent la douceur du printemps et tout de suite après l’été. Végétal et minéral, les murs du château retracent le travail du vent, du soleil et de la pluie, offrant autant d’interstices investit par la faune qui croît dans une escalade vers l’azur, ou à l’ombre de colonnes moussues. Fentes et fissures plaisent aux nombrils de vénus à la chair tendre et charnue, font l’affaire des fougères élégantes, quand tendus vers le ciel ouvert, des gerbes de romarin, et de jeunes chênes et pins livrent une course au soleil. Ici, un nid abandonné. Dans l’enceinte du château, à l’ombre des vieux chênes, se développent jeunes pousses de frênes, pistachiers lentisques, asperges et fragon.

Lumière du soir sur l’herbier de mes sentiments.


Château de Viviourès, « où il fait bon vivre », Mars 2020,

Sortie pour besoin d’écriture.

Texte de Mirélia Auzanneau @mirel.ia

Notre directrice de publication Aglaée Collin a aussi participé au challenge poétique "Vie de fenêtre" :

Collage d'Aglaée Collin "Les mots-postillon suspendus à la fenêtre" @a.bracadabraja

À l’intérieur, le vide résonne ;

par la fenêtre, la poésie détonne

Le vide résonne. Le silence est monotone. Le regard pointé vers le ciel, les lignes de fuite paraissent infinies.

Je m’étourdis d’elles, je m’engourdis de leurs formes qui dansent. À perte de vue, je les imagine infimes et immenses, imaginées au-delà des murs de béton armé.

Le vide résonne. J’ai un terrible besoin d’expérimenter, de jouer de ma créativité, de démêler les ficelles entrelacées qui tissent une toile géante dans les méandres de ma pensée

compliquée, complexée - jamais au repos si ce n’est en apparence.

Le vide résonne. Et il est temps - le temps que j’attends. Le temps d’exprimer les secrets cachés, voilés, tout ce que mon cœur confiné

a beaucoup trop à penser - à panser.

Le vide résonne. Et il est temps - le temps que j’attends. Je capture les instants du présent, les morceaux d’une vie au ralenti... Armée d’une plume, d’un pinceau, d’un appareil photo, je crache mes poumons, je dissèque mon cœur sur mon clavier, sur le papier, sur une pellicule déjà périmée.

Le vide résonne. Et il est temps - le temps que j’attends.

Le vide résonne.

La poésie détonne.

Cachée derrière ma fenêtre,

j’observe les âmes errer en peine.

Je vois passer les silhouettes de ces milliers d’êtres, de ces êtres à l’allure immobile,

et leur Être qui va pourtant au gré du vent.

Le vide résonne. La poésie fredonne un air d’antan, un parfum de printemps,

qui vient faire refleurir les champs. Un printemps pour ramener le monde à la vie - comme un train sur le départ - je le regarde arriver sur le quai qui s’est peu à peu vidé sont-ils tous passés ? Tout à coup, je crains de le manquer, de devoir attendre celui de la prochaine année...

Une larme est prête à tomber.

Ma poésie clandestine, ma solitude est comme un abîme, dans lequel plongent mes songes - océan sans fond de souvenirs. Ma poésie libertine, c’est une voie lactée d’idées emmêlées, qui s’entrechoquent, s’entraînent dans une chute vertigineuse

vers un fond sans fin, une fin sans fond.

Le vide résonne. Mais la poésie détonne. À la fenêtre, je respire. Eux soupirent. Innocence sacrée, jamais dérobée, je continue d’espérer.

La ville semble reprendre son souffle, jusqu’alors coupé.

La ville semble à nouveau respirer, libérer sa poitrine comprimée, polluée, vider son corps saturé.

Le vide résonne. Mais la poésie détonne. Crachée de mes poumons, jetée à l’encre sur les feuilles, balancée par la fenêtre. Il n’a jamais jailli autant de fleurs de ce cœur

que depuis que je n’ai plus peur, que depuis que j’ai apprivoisé ma douleur.

À l’intérieur, le vide résonne ;

par la fenêtre, la poésie détonne.

Texte et illustration de M.D @onmyway_bymarie

Le deuxième challenge poétique lancé pendant confinement regroupe des créations portant sur le thème du Temps suspendu. Durant cette période, les évènements s'annulaient, les choses flottaient, incertaines. À ces instants flous, ces secondes égarées où on ne savait plus combien de jours déjà ni combien de jours encore, nous avons lancé un deuxième temps de partage poétique tout aussi incertain et suspendu qu'étaient ces semaines...


Temps suspendu


L’instant de la feuille

C’est l’instant De la feuille qui vacille.


Tu cilles

Pont étiré Sur l’estuaire traversé

Geste de la main sur la corde

Tendue.

Tu m'as attendu

Équilibre aminci

L’arche a franchi la vallée.

L’archet crisse.


Une moue provocatrice

Le fil de la lame Sépare les filets

Du pêcheur de mots.


Accord pianissimo

Ton regard s'éclaire

Mon souffle est suspendu

Pas de peur Ni d’effroi.

Un instant Le temps s’est arrêté.

Subtil arôme de résine

À l’entrée du bois de pins.


Je te sens romantique, Liszt, Chopin


Je suis figé. J’ai en moi le souvenir

De la citronnelle

Contuse sous mes doigts

Son parfum d’agrume aérien

En fuite permanente.

Je te sens décidée, imminente


Le mélange des deux effluves Est beau. Juché Au promontoire inflexible

Je vois le torrent Qui se jette Dans le gave flux d’eau

S’y abandonne

Tu t’adonnes

Au silence de ton ressenti.


C’est l’instant Où mon âme vacille

Mon crayon s’arrête

Sur le vélin Je traverse l’estuaire

Geste de ma main

Sur la tienne J’ai perdu mes mots

Tu me souris détendue

Cet instant est tien.


Texte de Charles Fort-Vert "L'instant de la feuille"
Polaroid de @rose_neon1



























Série de photographies de  @manon_genet_b




























Poésies d'intérieur de @lagrandemag

Pour les vacances d'été, l'équipe du Coquelicot Revue a décidé de poursuivre l'aventure en proposant de nouveaux challenges poétiques. À vos plumes, vos outils, vos objectifs ; le thème annoncé est "Bijoux corporel" !


Vous pouvez dès à présent participer en mentionnant @lecoquelicotrevue sur votre publication Instagram.

En attendant de vous lire/voir/entendre...


Et bonnes vacances ! 

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